Nicolas Daubanes

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Courir contre la montre

Monographie - Semaine 49.10 - Analogues, maison d’édition pour l’art contemporain

Je tisse un rapport très intime entre le cyclisme et mes propositions artistiques.
Je rassemble mes coéquipiers : mon corps, ma mémoire, mes références et les mets au service d’un projet. Il arrive parfois à chacun d’entre eux de tenter une « échappée » autorisant une certaine autonomie qui a pour conséquence d’ouvrir et dégager de nouvelles voies.
Ils reprennent voix. Les modes et systèmes réflexifs induits par chaque proposition pourraient de façon toute métaphorique être comparés aux choix qu’effectue le cycliste avant la course en ce qui concerne la spécificité du matériel, son adaptation au profil de l’étape.
Le trajet que j’effectue alors est ponctué de sensations, de moment de vie aux densités inouïes qui ponctuent mon passage de stèles. J’y pose mon empreinte. Mes propositions « transpirent » et transgressent simultanément le processus de réflexion.

La course contre la montre est une compétition au cours de laquelle le sportif se retrouve seul à gérer son propre effort, face à sa propre adversité. Dans cette épreuve il éprouve un rapport pressé avec le temps qui passe et trouve une façon de contourner sa relation au présent, d’en détourner son appréciation.
Ne vivre l’instant que dans la prévision du franchissement d’un prochain virage.
Le cyclisme est avant tout un sport d’endurance. La douleur éveille le corps du coureur qui doit, pour la dépasser, l’apprivoiser, l’apprécier, en faire sa compagne avec laquelle il tente quotidiennement et obstinément une échappée héroïque.
Le vélo est inséparable du cycliste. Ce dernier sans sa machine se trouve mis à pied, décalé par son accoutrement au point que sa démarche en devient chancelante.

Dans l’effort je rassemble des fragments de mémoire. Ils rendent compte de ce que je nomme : un excès de présence de l’absence.

Jamais ne me quitte le doute : dois-je rester dans le peloton ? Rendre la course plus vivante ? Tenter des échappées ? Et si je me brulais les ailes en me frottant à l’homme au marteau ou à la sorcière au dents vertes ?

DAUBANES sur les routes du tour.

Semaine 49.10, revue hebdomadaire pour l’art contemporain

Analogues, maison d’édition pour l’art contemporain

© Nicolas Daubanes