Nicolas Daubanes

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Naître plus que poussières

installation "in situ"

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Le projet : « Naître plus que poussières » est de réaliser la « mue » de la chambre d’un habitat. Projet effectué lors de la résidence « +si affinité 2010 AFIAC », cette résidence se fait chez des habitants du village de Fiac.

La présentation du projet, durant le festival « + si affinité » édition 2010 d’AFIAC, c’est faite en extérieur juste à quelques mètres du chalet dans lequel j’ai réalisé cette « mue ». Le principe d’AFIAC est de proposer à 10 familles du village de Fiac d’accueillir 10 artistes. A la suite de quoi, les artistes présentent un projet qui se nourrit de cette rencontre. Les travaux sont montrés dans ou à cotés des habitations concernées.

J’ai travaillé chez Monique qui réside à l’année dans un chalet, dont la vocation première était d’être une location de vacances. A la bordure d’un golf, la précarité de ces habitations et de ceux qui les occupent tranche avec l’apparente aisance sociale des habitués du terrain. Cette situation de « frottement » a motivé l’installation des « peaux » sur le terrain de sport, un « magnifique jardin interdit » pour Monique... Ces « mues » semblent s’inscrire dans la nature à l’instar de celle des serpents, découvertes au pied des arbres ou sur la pelouse…

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Naître plus que poussière (détail), 2010, dimensions variables, silicone.
Vue de l’exposition « + si affinité, Afiac », Fiac, 2010.

Descriptif technique  : La réalisation de cette « mue » permet, dans un premier temps, le prélèvement des poussières demeurées à l’intérieur de l’habitation. Je précise que 90% des débris qui reposent dans un habitat proviennent des occupants eux même (cheveux, peaux mortes… etc.). Ainsi, lorsque je parle de « mue », je convoque aussi, par conséquent, la mémoire des corps. J’emploie un matériau qui, une fois retiré, prend l’apparence d’une peau morte, une squame. Celui ci est un bi composant silicone principalement utilisé pour le nettoyage des murs des bâtiments historiques. Ce produit, liquide dans un premier temps, s’applique sur les murs d’un édifice, puis suite au séchage, la membrane formée est retirée telle une peau ; celle-ci capture tous les dépôts et particules « meubles » du support initial. Cette opération permet la rénovation d’un lieu sans l’endommager en profondeur. La souplesse de cette peau contredit, en somme, la rigidité des murs sur lesquelles elle a été apposée, pour évoquer le sentiment du souvenir d’un lieu, à l’appui des déformations imputables aux effets du retrait. Il s’agit bel et bien de réaliser, ainsi une peau morte, l’empreinte d’une partie de l’intérieur d’une maison contenant les restes et poussières de ses anciens occupants. De surcroît, ce produit ayant la particularité de capter la moindre aspérité d’une surface, les gravures et cicatrices des murs, les stigmates et griffures, sont rendues perceptibles. C’est aussi, une tentative pour intercepter un moment de la vie d’un lieu, d’en effectuer l’« impression », imprégner ce présent de la membrane des traces constitutives du passé de sa matrice.

Le produit doit être appliqué en fine couche et en une seule fois. Lorsque je le disjoins de son support il risque de se déchirer. J’assume totalement cette conséquence dans la présentation du travail puisque la mémoire, les souvenirs, sont eux-mêmes sujets à la fragmentation, au morcellement.

Théoriquement, ce composé chimique à base de silicone se conserve plusieurs centaines d’années, donc l’empreinte du lieu est censée survivre à ce dernier.

Au gré de cette mue produite au semblant d’un tégument dont on se défait, ce travail traite de la transformation ; une ouverture sur la vie future, un nettoyage du passé, tout en l’incorporant soigneusement.

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Naître plus que poussière (détail), 2010, dimensions variables, silicone.
Vue de l’exposition « + si affinité, Afiac », Fiac, 2010.
© Nicolas Daubanes